Présentation du chien de protection 


Historique : 

Depuis sa domestication, le chien a exercé différentes fonctions auprès des hommes. Mais son instinct l’a toujours poussé à assurer une protection efficace de sa nouvelle famille, de la propriété ou des animaux vivants à ses côtés. C’est ce rôle de protecteur que l’homme a cherché à améliorer chez certaines races. A l’époque, et nous verrons qu’il en est toujours ainsi, les chiens assurant une protection étaient des animaux à fort gabarit qui étaient présents autour des habitations. Il s’agissait principalement de mâtins, puissants et féroces. Depuis la fin du 19ème siècle,


- Caractéristiques du chien de protection :

Les chiens utilisés de nos jours sont le fruit de sélections opérées par les éleveurs afin d’obtenir des animaux physiquement et mentalement aptes à assurer une protection efficace des troupeaux

Le rôle du chien de protection est de dissuader tout intrus d’approcher le troupeau. Ce n’est en aucun cas un chien d’attaque mais il n’hésite pas à intervenir si le prédateur ne tient pas compte de ses mises en garde.

La dissuasion repose sur trois aspects essentiels :

- La taille du chien (morphologie imposante)

- Les aboiements (voix rauque et portant loin)

- Les déplacements (au sein et à proximité du troupeau + intervention si besoin)

Contrairement au chien de conduite qui vit avec le berger, le chien de protection fait partie intégrante du troupeau. C’est un chien calme, posé et social ayant besoin de créer des liens affectifs et de communiquer avec d’autres individus, de sa race ou non. Il vit au rythme du troupeau, ne dérange pas les moutons et sait interpréter les situations. Ainsi il n’agit qu’en cas de menace réelle envers son troupeau. Le comportement de protection du chien est lié à son héritage génétique mais également à l’éducation qu’il a reçu en étant chiot. Le sexe de l’animal n’a aucune influence sur son efficacité. Un chien est considéré comme étant efficace lorsqu’il possède les caractéristiques comportementales, physiques et mentales spécifiques à sa fonction de dissuasion.

Pour cela, quatre comportements sont recherchés en priorité :

l’attachement, la loyauté ou le respect, l’aptitude à la protection et la tolérance vis-à-vis de l’homme et de son environnement.

- L’attachement est le lien affectif existant entre le chien et les membres du troupeau. Les animaux satisfont les besoins sociaux du chien qui reste ainsi en permanence avec eux. Ce lien se crée généralement entre la 3ème et la 12ème semaine. Cette période peut s’étendre entre la 3ème et la 16ème semaine pour le chien de protection. L’attachement se réalise d’abord avec la mère et la fratrie, puis avec les autres espèces. Ce comportement d’attachement se renforce entre 4 et 6 mois quel que soit l’objet de l’attachement (mère, fratrie, autres espèces).

- La loyauté est le respect du chien vis-à-vis des individus composant le troupeau, ainsi que des règles sociales du groupe d’animaux. Cette relation se traduit par l’absence de séquence comportementale de prédation, le respect de la quiétude et des activités du troupeau, des comportements d’investigation (renifler ou lécher le museau ou l’anus) et de soumission aux animaux du troupeau (détour du regard, oreilles baissées, présentation inguinale).

- L’aptitude à la protection est caractérisée par un chien qui possède des capacités physiques et psychologiques permettant d’évaluer le niveau de perturbation du troupeau et d’adapter sa ré- action à cette situation. Le chien se place en général entre l’intrus et le troupeau. L’aptitude à la protection découle de l’héritage génétique du chien, de son attachement aux animaux du troupeau et de l’éducation qu’il a reçu.

- La socialisation à l’homme et à son environnement correspond à l’acceptation par le chien des activités humaines qui ne perturbent pas le troupeau.


Le chien de protection doit être équilibré, c’est à dire qu’il doit à la fois :

− être sûr de lui, il fait face sans hésitation à toute perturbation,

− être calme, il n’exécute pas de mouvements brusques dans ses activités quotidiennes,

- être constant, il est régulier dans ses comportements ou réactions,

- être vigilant, il a les sens en éveil et il est prêt à intervenir, avoir des réactions adaptées aux circonstances

Le chien de protection des troupeaux a disparu progressivement des campagnes françaises en raison de la raréfaction, voire de l’éradication des grands prédateurs. Le retour d’espèces telles que le loup, l’ours et le lynx a incité les éleveurs à faire de nouveau appel à ces précieux auxiliaires pour protéger leurs troupeaux


- Races utilisées :

La Fédération Cynologique Internationale (F.C.I.) dénombre environ 24 races de chiens de protection dans le monde (Montagne des Pyrénées, Berger des Abruzzes et de Maremme, Akbash, Berger du Caucase, Sharplaninac, Komondor, Dogue du Tibet , Mâtin espagnol, Kangal...). Il en existe davantage mais selon les auteurs, les origines communes ou leur non reconnaissance par les fédérations cynologiques, certaines races ne sont pas recensées. Ce type de chien se rencontre le plus souvent dans des régions d’élevage très anciennes.

Pour assurer la protection de leurs troupeaux, les éleveurs ont favorisé un chien capable de vivre avec des animaux d’une autre espèce, conservant les caractéristiques physiques (tête ronde, museau court, oreilles tombantes...) et comportementales (séquences de prédation peu développées voire absentes) d’un juvénile.

Les chiens de protection sont de type molossoïde. Ce sont des animaux de grande taille et bien charpentés (hauteur au garrot de 60 à 80 cm pour un poids de 35 à 80 kg), avec une couleur de robe généralement de couleur blanche, une tête ronde et forte, un museau plutôt large et non pointu, des oreilles tombantes et un timbre de voix grave, profond et très sonore. Il existe plusieurs hypothèses pour expliquer la couleur blanche ou claire de la grande majorité des races de chiens de protection. Selon certains auteurs, la couleur naturelle de la laine des moutons primitifs était noire, grise ou brune et les chiens avaient la même couleur.

Puis à l’époque romaine, afin de permettre la teinture de la laine, la couleur blanche a été privilégiée d’où la sélection de nombreuses races de chiens de protection de la même couleur. Pour d’autres, la couleur blanche des chiens servait à les distinguer des loups.

Toujours est-il qu’aujourd’hui, la majorité des chiens de protection sont clairs ou blancs ! Existe-t-il une meilleure race pour la protection des troupeaux ? Il n’y a pas d’étude exhaustive permettant d’évaluer l’efficacité du comportement de protection de l’ensemble des races de chiens utilisées. Et d’ailleurs comment pourrait-on comparer les résultats obtenus puisque les conditions ne sont pas les mêmes dans les différentes régions du monde où ils évoluent ? Le succès ou l’échec de l’efficacité d’un chien est avant tout lié aux attentes de son propriétaire.


Il a cependant été constaté que les différences de tempérament de chiens d’une même race sont souvent plus grandes qu’entre les races de chiens. La sélection du chien de protection « idéal » doit donc plutôt se faire sur des individus et des lignées que sur la race. La plupart des études et des travaux de recherche sur les chiens de protection sont actuellement américaines.

Depuis les années 70, les éleveurs protègent essentiellement leurs troupeaux avec le Montagne des Pyrénées, l’Akbash, le Komondor, et le Berger d’Anatolie. Ce sont ces races qui ont été principalement étudiées. Ces études montrent que quelques différences de comportement peuvent apparaître au niveau de l’attachement, du respect des animaux du troupeau, de l’agressivité envers les chiens et les humains et de l’âge de maturité.

L’agressivité envers une autre espèce dépend essentiellement de la qualité et du degré de socialisation à cette espèce.

* Environ 10 % des chiens de protection blessent ou tuent un mouton ou une chèvre dans leur vie. Dans la majorité des cas, cela se passe souvent lors des deux premières années. Seuls 2 à 4 % des chiens deviennent des « prédateurs ».

* Le Montagne des Pyrénées blesse moins les animaux (7%) que le Berger d’Anatolie (14%), l’Akbash (20%) ou le Komondor (24%). Le Berger de Maremme et des Abruzzes est décrit comme plus attaché et respectueux envers les animaux de son troupeau que le Berger d’Anatolie.

* Il existe peu de différences entre les races en termes de protection. La plupart des chiens sont agressifs envers les prédateurs et les autres chiens. Le Montagne des Pyrénées semble être le moins belliqueux des races étudiées.

* Par rapport aux humains, 9 % des chiens vont au contact (sans incident de morsure), 5 à 7 % des chiens ont mordu. Le Komondor serait moins adapté dans les secteurs fréquentés que d’autres races en raison de son comportement territorial marqué. Il blesse plus de personnes (17 %) que le Montagne des Pyrénées (4 %), l’Akbash (6 %) ou le Berger d’Anatolie (9 %).

* Au niveau de la maturité, le Montagne des Pyrénées montre un comportement mature plus jeune et moins de comportements de chiots que le Komondor ou le berger d’Anatolie. Certains Akbash et Montagne des Pyrénées peuvent commencer à travailler dès l’âge de six mois, ce qui n’est pas le cas du Komondor.



 Les premiers chiens de montagne ( histoire )

Il y a 2500 à 4000 ans: les premiers chiens de montagne en Europe. Il y a environ 10 000 ans, l'homme commence à passer d'une économie où il se contente de prélever sur la nature ce dont il a besoin à une économie de production (agriculture, élevage) qui permet de nourrir une population infiniment plus nombreuse. La très forte croissance démographique qui devient possible va alors le contraindre à occuper toutes les niches écologiques du globe, y compris les régions les plus froides; son nouveau savoir-faire technique le lui permet.


La prospérité qui naît du mode de vie néolithique engendre d'innombrables migrations. L'Europe est progressivement conquise par des agriculteurs et des éleveurs venus du Proche-Orient et, plus tard, de l'Asie centrale. Ces grandes migrations, commencées au Néolithique, se poursuivent jusqu’au Moyen-Age.


Il est ainsi probable que les ancêtres des chiens de protection actuels (qui sont les plus proches du type primitif des chiens de montagne) arrivèrent en Europe en compagnie de bergers nomades du Proche-Orient et plus tard d’Asie centrale.


Lorsqu’ils se fixaient dans une région, leurs chiens se croisaient probablement avec des chiens locaux. Dans les plaines, traversées par des courants migratoires incessants, le type primitif de leurs chiens n’a pas été conservé. 


Mais lorsqu’ils s’établissaient dans des régions montagneuses, aux vallées isolées difficilement accessibles, les descendants de leurs chiens ont pu former une population relativement homogène. Et dans ces régions hostiles, peuplées de grands prédateurs comme le loup et l’ours, ces chiens de protection leur permettaient de pratiquer l’élevage ovin, sans que leurs troupeaux soient décimés.


Ainsi, de véritables types de chiens, par la suite reconnus comme races à part entière, ont pu être forgés par des siècles d’activité pastorale, une sélection sur leur aptitude à assurer la protection des troupeaux, et la rigueur des conditions climatiques.


A chaque massif montagneux correspond une race (avec souvent dans chaque vallée, chaque village,un " sous-type" de la race ) présentant les caractéristiques communes de tous les chiens de montagne, mais avec quelques caractéristiques morphologiques propres obtenues par des siècles d’isolement.